Quand on y repense, Geralt de Riv c’est un peu le type qui pourrait se faire arracher la moitié du visage par une harpie sans hausser un sourcil. Froid, parfois franchement blasé, taiseux, le Sorceleur ne sera jamais la mascotte officielle de l’expression des sentiments. Et pourtant, derrière cette façade de machine à tuer des monstres redoutables se cache un être humain doué de compassion, d’amour et d'empathie. Et si Geralt est aujourd’hui si attachant, notamment dans sa version de The Witcher 3, il faut manifestement remercier son doubleur anglais, Doug Cockle, qui a passé 20 ans à tordre doucement les directives de CD Projekt RED.

Donner de l'émotion à Geralt de Riv

Dans une récente entrevue accordée à Tom's Guide, Doug Cockle est revenu sur la genèse de Geralt, lorsqu'il travaillait sur le premier The Witcher. A cette époque, l'acteur n'avait ni lu les livres, qui n’étaient pas encore traduits, ni regardé l'adaptation télévisée polonaise. Il ne connaissait du Sorceleur que ce que les développeurs lui avaient appris, et les consignes qu'ils lui donnaient. Et elles étaient plutôt claires : « Pas d'émotion, Doug. Aucune émotion. Encore plus plat. ». Et pour le reste une seule référence : « Pensez à Dirty Harry, le personnage de Clint Eastwood. »

La consigne se défendait tout à fait. L'Épreuve des Herbes, la mutation brutale qui transforme un enfant en Sorceleur, est censée avoir dépouillé Geralt de ses émotions. Il devait donc logiquement être joué comme une coquille vide, CD Projekt RED appliquant alors le lore à la lettre. Sauf qu’accompagner un personnage creux pendant une centaine d’heures de jeu, ça ne fonctionne pas vraiment. Et c’est là que Cockle a discrètement commencé à désobéir. Pour lui, si le héros de The Witcher avait totalement été dépourvu d'émotions, il aurait surtout été impossible de s'identifier à lui. « Un personnage sans émotions, comment nous, êtres humains, pourrions-nous nous identifier à lui ? Nous ne sommes pas des créatures sans émotions », explique l'acteur. Pour lui, si Geralt ne ressentait rien, le joueur n'aurait aucune raison de se soucier de lui et de ce qui lui arrive.

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Geralt dans The Witcher 1 ©CD Projekt

La trilogie The Witcher, le fruit d'un travail collaboratif

Même si le Sorceleur passe son temps à réprimer ses sentiments, cela ne signifie donc pas qu'ils n'existent pas. Et c’est cette contradiction qui fait justement toute la richesse du personnage. Malgré tout, Geralt ressent, souffre, s'inquiète et aime, mais essaie de ne pas laisser ses sentiments guider ses décisions. Sa relation avec Ciri, sa fille adoptive, au cœur de The Witcher 3, en est le parfait exemple. « S'il n'avait aucune émotion, il ne ferait pas ces choix », résume Cockle. Et son entêtement, ainsi que sa propre interprétation de Geralt, ont fini par convaincre à CD Projekt RED, qui aurait progressivement accepté sa vision du Sorceleur. « Au fil des jeux, les scénaristes se sont sentis de plus en plus à l'aise avec l'idée qu'il pouvait avoir des émotions tout en restant un peu une machine. », résume-t-il.

Comme quoi, ça a parfois du bon de ne pas écouter les consignes à la lettre, même si Cockle est formel : il n’y a jamais eu de bras de fer avec le studio de The Witcher. « Je n'ai pas vraiment débattu de ça avec CD Projekt. C'était simplement ma façon de travailler. Je ne cherchais pas à changer l'écriture. », explique-t-il. Mais à force de grignoter de la marge, ligne après ligne pendant près de 20 ans et après avoir enregistré près de 20000 lignes de dialogue, Doug Cockle a finalement contribué, à sa manière, au Geralt que l’on connaît et que l’on apprécie aujourd’hui.

Source : Tom's Guide